Comme le tiers provisionnel, la rentrée scolaire ou les vendanges, les foires aux vins (FAV) arrivent en septembre. Pour les amateurs de bonnes bouteilles, soucieux de remplir leur cave, chariot à la main au milieu des linéaires des grandes surfaces, le top départ est pour le milieu de la semaine prochaine. Cette année, suivant les dates choisies par les enseignes, le rendez-vous s'étalera sur cinq à six semaines au total, soit jusqu'à la mi-octobre.
Et cela dure depuis trente ans ! C'est en effet en 1980 que Leclerc a lancé ce concept devenu avec le temps un véritable phénomène de consommation. Il faut dire qu'environ 20 % du chiffre d'affaires vin des grandes et moyennes surfaces (GMS) françaises se réalise pendant cette courte période automnale.
Et depuis, les autres metteurs en marché, cavistes et sites Internet en tête, ont pris la roue. Il suffit aussi de lire la quantité de papiers consacrés dans la presse aux sélections de vin et autres bonnes affaires pour prendre la mesure d'un rendez-vous 2009 marqué par une certaine tension, à tous les niveaux.
D'abord, l'exercice écoulé n'a pas été bon sur les linéaires, pour les achats en général, et ceux du vin en particulier. Par exemple, les compteurs sont à - 4 % pour les vins de Bordeaux sur les 12 derniers mois. Les enseignes ont donc la pression pour réussir une « belle » campagne de FAV et déstocker.
En face, du côté des producteurs de vin, le moral est en berne. L'exportation, débouché stratégique pour la plupart des vignobles, plonge. Alors qu'en France, essentiellement à cause de prix trop élevés, le débouché de la restauration ne va pas mieux.
Et au milieu, les amateurs regardent de près le contenu de leur porte-monnaie. Seront-ils nombreux à l'ouverture des magasins le premier jour, mais aussi les autres, pour remplir les Caddie ?
L'offre nouvelle des 2007
« Une chose est sûre : rarement j'ai senti une telle pression sur les prix. Ils sont plus disputés que les années précédentes et la concurrence sera féroce », analyse Guillaume Halley, propriétaire du Carrefour Market (ex-Champion) de Bordeaux-Caudéran, un des poids lourd de l'agglomération bordelaise sur le créneau des FAV.
« Par rapport à 2008, j'anticipe au mieux une stagnation des ventes, voire une baisse. Même si après l'envoi de notre catalogue, des clients ont déjà passé des réservations pour une foire qui débute chez nous mardi prochain. »
Si la pression est là, c'est aussi que la grande distribution française a acheté beaucoup de vin de Bordeaux du millésime 2006, puis du 2007. Et pour ce dernier, à un prix jugé aujourd'hui supérieur à sa qualité réelle. Or le consommateur découvre cette année le 2007...
« Personne ne veut prendre de risque avec lui et se retrouver ensuite avec des stocks sur les bras. La distribution a peur du syndrome du 1997. Je travaille à marge nulle sur certaines références », indique celui qui est également propriétaire du château la Dauphine (Fronsac).
Même si certains amateurs refont une partie de leur cave avec des millésimes moins cotés, il faut savoir que le beau 2008, vendu moins cher par la propriété, sera sur les linéaires l'an prochain...
Des stars plus accessibles
C'est sur le créneau des grandes bouteilles, au-dessus de 30 euros, que la baisse est surtout perceptible cette année. Les internautes, habitués des sites spécialisés, reçoivent tous les jours des offres de « déstockage ».
Sur les linéaires, chez Auchan par exemple, on affiche des références concrètes : château Giscours (Margaux) 2006 proposé aux FAV 2008 à 37,95 euros, alors que le 2007 l'est cette année à 29,50 (soit - 22 %). Alors que le Château Pape Clément (Pessac-Léognan) passe de 129 euros (pour le très bon 2005) à 99 euros sur le 2006 (- 23 %).
Mais cette année, les enseignes mettent surtout en avant les vins plus accessibles. L'époque d'un certain « embourgeoisement de l'offre » est révolue. Les bouteilles à moins de 10 euros ornent les unes des catalogues, alors que les offres « un carton acheté, le second gratuit » sont en dernière page. Comme à Carrefour pour le Château Terre Blanche 2008 (Premières Côtes de Blaye), disponible à 2,50 euros la bouteille.
Le hard discount aussi
Même le hard discount mène une offensive. Lidl, par exemple, propose un bordeaux blanc et un côtes-du-rhône 2008 à 1,99 euros chacun.
D'autres enseignes se distinguent aussi autrement que par le prix : via les seconds vins des grands châteaux (Monoprix), les magnums (Géant Casino) ou les vins capsulés à vis (Leclerc).