Né sur les cendres de la piquette du Midi, Terre de vins était jusqu’alors un magazine régional dont le contenu éditorial visait à porter haut les vins du Languedoc. S’y lisait une certaine âme. Sort en kiosque cette semaine une nouvelle formule en même temps qu’une ambition nationale. Commençons par la forme. Terre de Vins est devenu un journal « marketté », appliquant les recettes de la presse nationale : des dossiers morcelés en articles courts, un tas de petites rubriques pour « zapper », des photos non plus d’auteurs mais de carte postale, du « people » (Pierre Arditi, Michel Denisot, Laure Buisson, Bernard Pivot), les incontournables palmarès (dans ce numéro, le Languedoc et les foires aux vins), des sujets dans l’air du temps traités sur l’air du temps (les femmes vigneronnes).
Le fond a le goût de la forme. Terre de vins ne doit pas devenir un magazine où l’on nous ferait prendre un animateur de télé pour un vigneron -ces derniers apprécieraient-, où les escapades illustrées par des mas avec piscine (Roussillon, Médoc, Bilbao et la Rioja) remplaceraient le terroir. Il n’y a à cette rubrique "terroir" qu’un seul article, lequel est consacré aux frères Gonon de Saint-Joseph. Question : un terroir peut-il se résumer à un seul vigneron, aussi talentueux soit-il ?
Dans son éditorial Rodolphe Wartel promet beaucoup : « graviter autour de la planète vin et guider en avant-première les consommateurs, les jouisseurs comme les abstinents (il va falloir démontrer beaucoup de talent), les curieux comme les experts (pour ceux-là il y a la RVF!), tous ceux qui aiment contempler la vigne et ses paysages (jusqu’à maintenant le vin était associé au partage, pas tellement à la contemplation). Pas de chapelles, pas de communautarismes, pas d’étiquettes (Petrus, n’en est donc pas ?) ».
Laissons un peu de temps à ce nouveau magazine pour savoir si la promesse sera tenue ?